26 Sep, 2017

LA PRESSE EN PARLE

 

DANS LA PRESSE NATIONALE

LE MONDE
 

Auteur d'excellents documentaires (la Quatrième Génération, Bienvenue à Bataville...), François Caillat s'essaie ici au journal intime rétrospectif. Ses amours parisiennes remémorées au fil de la ville touchent à l'essentiel : une recherche du temps perdu. Le résultat forme une topographie intime, où chacun - à condition d'avoir perdu de vue sa jeunesse- pourra se retrouver.

 

"Une jeunesse amoureuse" : cartographie du temps qui passe

 François Caillat a eu vingt ans en 1970. De ce constat, d'une certaine banalité, il a pourtant décidé de faire un film. Un film à la fois intime et universel, qui tourne autour de ses amours disparues et de sa jeunesse, partant d'une époque qui semble elle-même à jamais révolue. Sans doute est-ce le fait de toute époque, et c'est d'ailleurs pourquoi ce film touchera tout spectateur suffisamment âgé pour être attentif à l'expérience de la perte qui le constitue. Mais quelque chose vient en plus dans ce film : l'alliance des années 1970 comme horizon d'une indépassable liberté avec le triste champ de ruines qui les a suivies.

L'intime croise ici le politique : un homme se retourne sur sa jeunesse et constate que les brûlantes promesses qu'elles contenaient se sont évanouies. Il doit pourtant, pour les faire renaître, se porter encore une fois à leur hauteur. La forme assignée par François Caillat à ce récit est une topographie des sentiments qui a pour cadre Paris. On aurait pu tomber plus mal. La ville se prête à la magie fantomatique du souvenir . Tandis que la voix du réalisateur, sur la bande son, évoque ses nombreuses rencontres et ses aussi nombreuses déconvenues, l'image représente les lieux contemporains où cette histoire s'est jouée naguère.

Toute une géographie s'enlève, forcément intime, mais aussi forcément partagée par ceux qui ont vécu dans la capitale, et qui y ont aussi bien vécu des histoires d'amour qui ne sont plus. Passy, Saint-Sulpice, Place des Vosges, Place Léon Blum, Gambetta... Aux plans de l'image et du son, le cinéaste s'efforce de réincarner subtilement le passé. Films amateurs de l'époque ici, qui s'enchevêtrent par la grâce d'un raccord dans le mouvement avec les plans tournés aujourd'hui sur les mêmes lieux. Musique de sa jeunesse là : All White de Soft Machine , Between Blue And Me de Family, Nestor's Saga de John Surman ). Le plus frappant dans ce film, c'est de constater à quel point il touche profondément le spectateur alors même que ce qu'il évoque relève d'une relative banalité, évite même de rendre compte trop précisément de l'histoire qui l'occupe.

Les visages des filles aimées restent délibérément flous, ou décadrés, sur les photos fugitivement exposées dans le film. Les histoires et les quartiers s'enchaînent et c'est finalement toujours un peu la même histoire qui recommence, avant de finir et d'en appeler une autre. On en vient à penser que le véritable sujet de ce film, ce n'est pas François Caillat, ce ne sont pas les filles qu'il a aimées, ce n'est pas non plus l'époque où il a vécu. Le véritable héros d'Une jeunesse amoureuse, c'est le temps, tel qu'il s'inscrit dans l'air, sur les façades, les parcs et le bitume parisiens, toujours changeants, toujours les mêmes. Une place vide, un rayon de soleil sur l'herbe, une rue mouillée sous les réverbères, une fille qui est partie, une autre qui nous sourit : cela s'est passé hier, cela se passera demain. Reste, entre ces deux termes, pour chacun à apprendre à mourir . Tant de rêve, tant de passion, tant de brûlure, tant de désir, tant de folie partagés avant que le temps ne fasse son oeuvre et n'éreinte notre jeunesse.

Comment traduire ce sentiment ? Il y a dans ce film si subtil et délicat quelque chose de puissant dans la manière dont il fait ressentir au spectateur cet inexorable écoulement, cette sensation de se retrouver un jour avec du sable entre les mains et des souvenirs à ne plus savoir qu'en faire . S'il est une blessure dont l'art français, de Chateaubriand à Proust, sait chanter l'élégie, c'est bien celle-ci. Tout le travail cinématographique de François Caillat (depuis La Quatrième génération en 1997 jusqu'à Bienvenue à Bataville en 2007) témoigne qu'il ne démérite pas de ce somptueux héritage.

LE " DOCUMENTAIRE ", est-ce que ça existe vraiment ?

La question, rhétorique, est lancée à un lecteur-spectateur qui a appris depuis longtemps à déjouer les faux-semblants de l'image. Donc, pour le dire de manière un peu provocatrice, le documentaire, comme genre différencié de la fiction, n'existerait pas.

Qui croit encore que la vérité est nécessairement du côté de celui-ci, l'artifice du côté de celle-là ? Trop, et depuis trop longtemps, d'attirance, de séduction, de frottements entre ces (mauvais) genres. Il faudrait, pour bien faire et mieux parler, désigner la chose qui compte : la mise en scène. Un regard transformé en geste. Conséquemment, autant de films que de regards.

Sous le nom commun de " documentaire " sortent, le 3 avril, trois films qui n'ont pas grand-chose à faireensemble, hormis le fait d'avoir été tournés sans acteurs professionnels. Le premier vient d'être décrit plushaut. Et l'on voit bien que les principales caractéristiques de La Maison de la radio, de Nicolas Philibert -caméra légère et son synchrone, absence de commentaire, intervention minimale sur le milieu -, renvoient cefilm à la grande et prolifique famille du cinéma direct, tel que l'ont incarné, ou l'incarnent encore, cesimmenses figures que sont l'Américain Frederick Wiseman, le Canadien Pierre Perrault ou le HollandaisJohan Van Der Keuken. Du premier, Nicolas Philibert tire son goût pour l'immersion institutionnelle, dudeuxième son penchant pour la puissance performative du cinéma, du troisième sa fibre poétique etfraternelle.

A mille lieues de là sort le très beau film de François Caillat, Une jeunesse amoureuse. Caillat - auteur dedocumentaires remarquables, La Quatrième Génération (1997) ou Bienvenue à Bataville (2007) - a eu 20ans en 1970 à Paris et vécu durant cette décennie explosive nombre d'expériences amoureuses. Il en tient lejournal intime et rétrospectif dans ce film bouleversant, qui tire sa puissance de procédés opposés à ceuxqu'emploie Nicolas Philibert : commentaire omniprésent, prise de parole à la première personne,intervention permanente de l'auteur sur la trame de son film, absence outrancière de personnages, du moinsau sens classique du terme. Cette manière-là se reconnaît aussi. Elle est moins liée au commentaire omniscient et anonyme dudocumentaire classique qu'à sa subversion par une subjectivité qui creuse l'écart entre la parole et l'image,inquiète les tyrannies de la visibilité et du sens, nimbe le rapport au réel d'une aura de poésie, selon les tempéraments joyeuse ou mélancolique. Georges Franju, Chris Marker ou Alain Resnais sont ici chez eux. La mélancolie l'emporte dans Une jeunesse amoureuse, qui égrène au fil des quartiers, des rues, des squareset des immeubles parisiens où l'auteur a naguère consommé sa passion une sorte de topographie du tempsperdu. Immense beauté de ce film aux procédés pourtant simples de rendre sensible le deuil d'une jeunesse etd'une époque qui se sont rêvées affranchies de tout. Du troisième film, Free Ange la, de l'Américaine Shola Lynch, qui nous entraîne lui aussi dans les années1970, il y a hélas moins à dire. Evocation empathique d'une figure légendaire du militantisme noir américain,Angela Davis, le film, comme on dit, " fait le boulot ", mais ne va guère au-delà. Une couche d'archives et une couche de témoignages entrelacés dans un montage qui les pressure : onidentifie ici la recette utilitariste du millefeuille télévisuel, avec sa prime à la clarté et à l'efficacité.On peut ajouter à ce riche programme de la semaine deux fictions documentées, Kinshasa Kids et Men on theBridge, tournées dans les rues de mégapoles (la capitale de la République démocratique du Congo etIstanbul) et interprétées par les gamins des rues ou les jeunes Stanbouliotes qui ont inspiré leur scénario. Impossible d'achever ce modeste panorama de la méthodologie documentaire sans annoncer la sortie,mercredi 10 avril, du film explosif de l'Américain Joshua Oppenheimer, The Act of Killing. Consacré auxmassacres anticommunistes perpétrés par le gouvernement indonésien en 1965, le film reconstitue ce crimeavec l'assentiment et la participation décomplexée des bourreaux. Inspiré du cinéma vérité de Jean Rouch, ledocumentaire mobilise ainsi les puissances du faux pour atteindre à une vérité qui ne se manifesterait pasautrement.

Jacques Mendelbaum, le 3 avril 2013.  

TELERAMA

 

C'est le récit d'une éducation sentimentale dans le Paris des années 1970. Le documentariste François Caillat part sur les traces de sa jeunesse avec l'envie de faire parler les lieux. Des traces, il en reste peu dans la ville d'aujourd'hui. Quelques façades d'immeuble sans mystère, une allée bordant la Seine... Alors d'où viennent l'émotion qui grandit à mesure que l'auteur refait sa carte du Tendre et cette impression qu'un monde englouti reprend vie ? La voix off d'abord, qui dit un texte poétique, imagé. Et puis ces lettres d'amour dont on imagine sentir le parfum originel, ces photos charbonneuses ou jaunies qui parlent de bonheurs enfuis, ces films en super-8 ou diapos de voyages où se raconte une époque, entre contre-culture américaine et utopies politiques. C'est tout le talent de François Caillat que de faire résonner dans ce récit autobiographique l'écho d'autres vies que la sienne.

Mathilde Blottière, le 3 avril 2013.  

 

LE CANARD ENCHAÎNÉ

Avec trois bouts de ficelle, une voix off et quelques photos, François Caillat fait défiler sa vie sentimentale. Cela pourrait être fade, c'est malin, profond et embarrassant. Car chaque spectateur, confronté à cette histoire singulière, se projette son petit film amoureux à lui. Avec cette question à la clé: "Ces années 70 étaient-elles plus propices à l'amour?" Grâce au produit national rut?

Frédéric Pagès, le 3 avril 2013.

LE FIGARO

La Maison de la radio de Nicolas Philibert, et Une jeunesse amoureuse de François Caillat, deux documentaires qui instaurent un contrepoint entre la parole et l'image.

Si l'on attend un documentaire informatif, une visite exhaustive ou une enquête, on sera déçu par La Maison de la radio. Déçu en bien, comme on dit en Suisse. Car la signature de Nicolas Philibert nous garantit un regard singulier et une promenade originale à l'intérieur de la célèbre Maison ronde. Le réalisateur de La Ville Louvre (peut-être celui de ses films dont La Maison de la radio est le plus proche cousin) entre dans ce lieu professionnel comme dans une fourmilière où tout le monde s'active. Son pari, malicieux et poétique, est de filmer un média qui repose justement sur l'absence d'images.

Au royaume des voix, des musiques, des bruits et des silences, que vient faire la caméra? Et que va-t-elle faire? Elle ajoute de l'espace, de la chair, du sourire. Elle fait irruption sans explication dans une émission d'information, un enregistrement d'orchestre, une lecture dramatique. Elle revient, comme le refrain d'une ritournelle, sur le plateau où tombent en vrac nouvelles et faits divers, qu'on retiendra ou non. Elle rôde autour d'une fabuleuse machine à bricoler les sons. Elle s'invite dans un bureau surencombré où les piles de CD laissent à peine apparaître la tête joviale de Frédéric Lodéon. Peu de noms, peu de titres d'émission. Peu de repères. On déambule comme au hasard, du matin au cœur de la nuit, dans un labyrinthe bizarre où l'on devient vite familier des surprises. Le montage s'amuse à couper net, à reprendre plus loin, guillerette petite symphonie concertante qui rattrape ses thèmes, les développe, les varie avec humour et précision. C'est un exercice d'attention. Tout en perceptions. Écouter voir: savoureux programme.

Une romance du bien-aimer

Un autre documentariste, François Caillat, tire un parti très personnel de la réalité dans Une jeunesse amoureuse. Chez lui aussi, l'image et la voix se nouent subtilement, tissant une étoffe aérienne de souvenirs songeurs. Moins de perceptions, plus d'impressions et d'émotions. La voix prend en charge le récit des aventures amoureuses d'un étudiant bourgeois des années 1970, découvrant le militantisme révolutionnaire et la libération sexuelle.

On se lasserait, peut-être, de cette collection d'aventures, si elle était montrée. Mais elle est dite, et rime gracieusement avec les balcons et les fenêtres de Paris, les statues du Luxembourg et les fines pattes d'éléphant du pont de Bir-Hakeim. Jamais on n'avait filmé ces détails architecturaux avec un si merveilleux pouvoir de suggestion, comme un trait, un geste d'un être cher. La ville se confond avec la femme, ce récit est un poème, cette balade une ballade. Une romance du bien-aimer.

 

Marie-Noëlle Tranchant, le 3 avril 2013.

 

L'HUMANITÉ

Serial lover.

Les aventures sentimentales du cinéaste dans les années 1970. Utilisant principalement des images du Paris actuel agrémentées de photos refilmées de manière erratique et de bribes de films super-8, François Caillat fait l'inventaire de ses années folles où il fut presque "un amoureux professionnel". Une épopée qui ne laisse pas d'impressionner et qui finira par un drame. Caillat raconte en voix off ses conquêtes d'un ton détaché, presque neutre, sans nommer personne, en explorant les lieux de Paris liés à ces relations. Cette géographie amoureuse est le meilleur atout du film, qui dessine une carte du tendre à travers la capitale. Par la même occasion, on se replonge dans les années 1970 et leur révolution sexuelle, dont Caillat fut l'un des grands bénéficiaires. Vertigineux voyage dans le temps et l'amour.

Vincent Ostria, le 3 avril 2013.

 

VIBRATIONS
 

Quand les gros exploitants marquent une pause, préférant attendre les fastes du Festival de Cannes pour sortir leurs productions calibrées, ils laissent un peu de place à l'improbable et à l'insolite. C'est la belle (et courte) saison des pépites, des productions indépendantes et souvent fauchées, des oeuvres qui échappent aux classifications, aux radars des critiques et des experts en marketing. Avril, le mois propose pour dénicher quelques perles précieuses dans les salles obscures: Une Jeunesse amoureuse ne fait que passer et c'est peut-être la plus belle toile de l'année. Ce film aurait pu s'appeler Les histoires d'amour ne finissent jamais en général. Ni fiction ni documentaire, encore moins "autofiction filmée", il s'agit plutôt du récit personnel d'une éducation sentimentale, celle de son auteur François Caillat, depuis son adolescence à la fin des années 60 jusqu'à l'âge adulte. Que reste-t-il de ses amours? Des lettres, sensibles, profondes, érudites, poétiques, des films tournés en super 8, des photos, les souvenirs et les signes d'une époque marquée par les révolutions utopiques et la contre-culture.

François Caillat continue d'aimer toutes les femmes qu'il a aimées et qui l'ont aimé, ce film sensuel et captivant de deux heures leur est dédié. Mais le réalisateur sait aussi jouer avec la distance, l'incertitude, l'indétermination pour que ses souvenirs ne soient jamais encombrants. Sans jamais sombrer dans le maniérisme, François Caillat utilise les codes du cinéma pour que son jardin intime devienne public: le suspense, le drame, l'humour sont convoqués avec tact dans la narration. l'imaginaire s'invite dans le réel et vice versa, le jeu de piste du réalisateur devient contagieux… Filmer un présent hanté par les amours du passé, danser avec les fantômes, tout en impressions et surimpressions, le film avance ainsi vers nous et esquisse une géographie amoureuse de Paris.

Ce film étrange se reçoit comme une lettre. Une lettre à l'heure des mails et des SMS. Qui, de nos jours, comme on disait à l'époque, écrit et reçoit encore des lettres? On se souvient encore des lettres d'un autre siècle, qui arrivaient et qui partaient, celles qu'on a gardées et celles qui se sont perdues à jamais. Une Jeunesse amoureuse est peut-être le film des dernières grandes lettres amoureuses, construit comme une longue missive, comme le veut la tradition typically French des amours épistolaires… Et la B.O mérite le césar de la playlist de l'année: Soft Machine, John Surman, Amélie Deffrennes, Tony Truant, Laetitia Schériff, Hentyk Gorecki.

Tewfik Hakem, Vibrations n°153, avril 2013.

LES FICHES DU CINÉMA
François Caillat (Bienvenue à Bataville) pose sa caméra dans Paris et évoque ses rencontres amoureuses passées. Porté par un texte envoûtant, ce récit au présent d'une jeunesse marquée par la libération sexuelle est une fugue poétique et pudique.

Récit autobiographique, poétique, Une jeunesse amoureuse explore la mémoire de François Caillat (Bienvenue à Bataville), depuis ses 17 ans et sa rencontre avec une adolescente de la bonne société du XVIe arrondissement parisien jusqu'à sa maturité. Le cinéaste pose sa caméra de Passy à Montparnasse en passant par la rue des Rosiers. Il filme les carrefours et les façades. Par plans courts, par juxtapositions, il assemble les fragments d'un puzzle géographique et sentimental, mêlant aux plans fixes les documents du passé – lettres d'amour raturées et enjolivées de dessins, photos de vacances à l'étranger - qu'il caresse de sa caméra tremblotante, et les films amateurs de l'époque. Le discours en voix off, primordial, lie souvenirs et images du présent dans un Paris familier. Une vraie unité résulte de ce jeu de résonances et correspondances rythmé par les multiples déménagements du narrateur et ses rencontres amoureuses, ces filles très nombreuses qu'il tutoie parfois sans jamais les nommer. Une forme de mélodie envoûtante, à la manière d'une fugue, où les situations se ressemblent sans être jamais tout à fait les mêmes. Les plans du présent ne sont pas anodins. Ainsi, lorsque le cinéaste raconte son coup de foudre pour une jeune Chilienne à l'université, il arrête l'objectif sur un étudiant qui distribue des tracts à une jeune fille. Le procédé n'a rien d'illustratif, car il donne vie aux absents, qui ne sont jamais que des photos floues. Exemplaire a priori d'un certain cinéma d'auteur parisien qui a fait de l'errance et de l'introspection son thème de prédilection - et à ce titre il énervera peut-être certains spectateurs -, Une jeunesse amoureuse parvient cependant à éviter tout sentimentalisme sans renoncer à la nostalgie qu'exacerbe l'utilisation d'une bande son éclectique : folk, chants traditionnels, jazz mais aussi sirènes de police... Une nostalgie qui se dessine dès le début lorsqu'il raconte par exemple sa rencontre, en 1969, avec sa première petite amie, les promenades sur l'île aux Cygnes, les lettres passionnées. Elle est vibrante quand il se rappelle, film amateur à l'appui, ses vacances aux États-Unis : ces jeunes gens souriants, torse nu, insouciants, immortels. Le texte, au présent, illustre le hors-champ, la vie derrière les fenêtres et les regards. Si le récit fonctionne malgré une durée rédhibitoire - 1h45 - pour ce type d'essai cinématographique, c'est que la forme épouse totalement le discours, et inversement. La promenade est ensorcelante. L'exercice de la caméra stylo, assumé (jusqu'à s'arrêter longuement sur les textes des lettres gardées en souvenirs), participe vraiment ˆ l'intention : retrouver dans le souvenir une certaine forme d'exubérance, d'optimisme - le film s'étend longuement sur la période de la libération sexuelle -, retrouver dans le présent le sentiment que rien n'a vraiment changé. Il y a toujours des étudiants rebelles devant les lycées, un jeune "de 26 ans" dans le petit deux-pièces que le cinéaste louait à cet âge près de Bastille, les marches et la rampe du métro sont toujours les mêmes, les roses du square qui fanent...

Marine Quinchon, Les Fiches du Cinéma, le 3 avril 2013.  

 

 

DANS LA PRESSE RÉGIONALE

 

L'EST RÉPUBLICAIN

(Article publié conjointement dans les journaux "L'Est Républicain", "Vosges matin" et "Le Républicain Lorrain".)

Envoûtant. Il y a de la magie dans le nouveau film de François Caillat. Celle d’emmener loin dans l’émotion, très loin. Sans pourtant qu’aucun personnage ne se dessine autrement qu’en mots. Des mots dits par le réalisateur lui-même, dont le grain de voix a le charme du sentiment amoureux. Et dont le talent pour évoquer ses propres amours de 17 à 33 ans, dans le Paris des années 70, donne une splendide dimension imaginaire à des faits réels. Permettant à tous, jeunes et moins jeunes, d’être bouleversés… par leur mémoire personnelle. « C’est moi qui prends la parole pour raconter ma vie, c’est vrai, mais ce n’est pas une position égotiste, j’assume simplement mon propos. » Car ici tout est sincérité. Et le spectateur ne s’y trompe pas, qui très vite baisse la garde pour ne plus devenir lui-même que ce promeneur en tendres souvenirs. Impossible de rester insensible devant ce film pour quiconque a le cœur qui bat. « Si tout n’était pas si vrai, il n’aurait pas la même charge émotive », confie François Caillat. « Je pense même que l’imperfection de ma voix joue comme garante de l’authenticité. » Il pense bien.

Au fil du récit s’égrènent larmes et sourires… On l’écoute, on se laisse bercer, on se souvient. « Mais sans l’équipe d’Ère Production à Nancy, qui m’a soutenu dès le début dans mes intuitions, je n’aurais sans doute jamais pu faire ce film… » Car il fallait vraiment y croire, à ce projet de documentaire romanesque inclassable !

Les endroits qui racontent Filmer des façades, des fenêtres, des trottoirs d’aujourd’hui… pour raconter une jeunesse amoureuse dans la capitale d’après mai 68. Tricoter musiques d’époque et rumeurs de la ville, photos floues et fragments de correspondance amoureuse. Saupoudrer d’images piquetées, filmées en super-8. Superposer le temps. Avec la volonté d’« offrir un écrin à chacun pour lui permettre de revivre sa propre jeunesse amoureuse. » Pari osé. Pari gagné.

« J’avais envie de dire aux gens : voici ma jeunesse, mais le sujet c’est vous, ce film est un espace dans lequel vous pouvez fabriquer votre propre mémoire ! » Les amoureuses de François Caillat n’ont donc pas de prénom. Sa caméra n’ouvre que rarement les portes de ses anciens appartements. Et pourtant on voit tout. On voit les balades romantiques main dans la main, on voit les jours et les nuits passés au lit derrière des volets clos, on voit les souvenirs de voyage qui s’accumulent dans les appartements. On fait même un détour par la contre-culture aux États-Unis, la dictature militaire au Chili… Les noms de rues parisiennes défilent. On suit.

Éternel nomade dans la capitale, François Caillat n’a jamais cessé de déménager. Ni d’aimer. Ni de faire du cinéma depuis qu’il a tourné son premier court-métrage à 26 ans. L’ancien écolier d’Audun-le-Tiche (57), fils d’un ingénieur des mines installé à Villerupt jusqu’à ses 10 ans, aurait pu rester professeur agrégé de philosophie toute sa vie. Mais son truc à lui, c’est la valeur sensible des lieux. Alors il fait des films avec les histoires que les endroits lui racontent. « Ce qui m’intéresse n’est pas de retrouver les choses mais de mettre en scène les manques. » En 1997, le réalisateur mesure à quel point les lieux l’inspirent avec « La Quatrième Génération », son premier long-métrage documentaire sur l’histoire de sa famille lorraine. En 2001, les paysages lorrains sont les héros de « Trois Soldats allemands », film inspiré par les tombes dénichées dans le jardin de sa grand-mère. « Bienvenue à Bataville » sort au cinéma en 2008. François Caillat devient l’un des maîtres de l’École Française du Documentaire.

Dans « Une jeunesse amoureuse », il réussit la prouesse de raconter sa vie sans encombrer le spectateur. Il ne savait d’ailleurs pas, avant de commencer, jusqu’où il allait se livrer. Jusqu’au tragique. La logique du film, l’objet cinématographique, l’ont emporté. Et nous avec.

Valérie Susset, l'Est Républicain, le 10 avril 2013.

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2013/04/10/une-jeunesse-amoureuse  

VOSGES MATIN

(Article publié conjointement dans les journaux "L'Est Républicain", "Vosges matin" et "Le Républicain Lorrain".)

Envoûtant. Il y a de la magie dans le nouveau film de François Caillat. Celle d’emmener loin dans l’émotion, très loin. Sans pourtant qu’aucun personnage ne se dessine autrement qu’en mots. Des mots dits par le réalisateur lui-même, dont le grain de voix a le charme du sentiment amoureux. Et dont le talent pour évoquer ses propres amours de 17 à 33 ans, dans le Paris des années 70, donne une splendide dimension imaginaire à des faits réels. Permettant à tous, jeunes et moins jeunes, d’être bouleversés… par leur mémoire personnelle. « C’est moi qui prends la parole pour raconter ma vie, c’est vrai, mais ce n’est pas une position égotiste, j’assume simplement mon propos. » Car ici tout est sincérité. Et le spectateur ne s’y trompe pas, qui très vite baisse la garde pour ne plus devenir lui-même que ce promeneur en tendres souvenirs. Impossible de rester insensible devant ce film pour quiconque a le cœur qui bat. « Si tout n’était pas si vrai, il n’aurait pas la même charge émotive », confie François Caillat. « Je pense même que l’imperfection de ma voix joue comme garante de l’authenticité. » Il pense bien.

Au fil du récit s’égrènent larmes et sourires… On l’écoute, on se laisse bercer, on se souvient. « Mais sans l’équipe d’Ère Production à Nancy, qui m’a soutenu dès le début dans mes intuitions, je n’aurais sans doute jamais pu faire ce film… » Car il fallait vraiment y croire, à ce projet de documentaire romanesque inclassable !

Les endroits qui racontent Filmer des façades, des fenêtres, des trottoirs d’aujourd’hui… pour raconter une jeunesse amoureuse dans la capitale d’après mai 68. Tricoter musiques d’époque et rumeurs de la ville, photos floues et fragments de correspondance amoureuse. Saupoudrer d’images piquetées, filmées en super-8. Superposer le temps. Avec la volonté d’« offrir un écrin à chacun pour lui permettre de revivre sa propre jeunesse amoureuse. » Pari osé. Pari gagné.

« J’avais envie de dire aux gens : voici ma jeunesse, mais le sujet c’est vous, ce film est un espace dans lequel vous pouvez fabriquer votre propre mémoire ! » Les amoureuses de François Caillat n’ont donc pas de prénom. Sa caméra n’ouvre que rarement les portes de ses anciens appartements. Et pourtant on voit tout. On voit les balades romantiques main dans la main, on voit les jours et les nuits passés au lit derrière des volets clos, on voit les souvenirs de voyage qui s’accumulent dans les appartements. On fait même un détour par la contre-culture aux États-Unis, la dictature militaire au Chili… Les noms de rues parisiennes défilent. On suit.

Éternel nomade dans la capitale, François Caillat n’a jamais cessé de déménager. Ni d’aimer. Ni de faire du cinéma depuis qu’il a tourné son premier court-métrage à 26 ans. L’ancien écolier d’Audun-le-Tiche (57), fils d’un ingénieur des mines installé à Villerupt jusqu’à ses 10 ans, aurait pu rester professeur agrégé de philosophie toute sa vie. Mais son truc à lui, c’est la valeur sensible des lieux. Alors il fait des films avec les histoires que les endroits lui racontent. « Ce qui m’intéresse n’est pas de retrouver les choses mais de mettre en scène les manques. » En 1997, le réalisateur mesure à quel point les lieux l’inspirent avec « La Quatrième Génération », son premier long-métrage documentaire sur l’histoire de sa famille lorraine. En 2001, les paysages lorrains sont les héros de « Trois Soldats allemands », film inspiré par les tombes dénichées dans le jardin de sa grand-mère. « Bienvenue à Bataville » sort au cinéma en 2008. François Caillat devient l’un des maîtres de l’École Française du Documentaire.

Dans « Une jeunesse amoureuse », il réussit la prouesse de raconter sa vie sans encombrer le spectateur. Il ne savait d’ailleurs pas, avant de commencer, jusqu’où il allait se livrer. Jusqu’au tragique. La logique du film, l’objet cinématographique, l’ont emporté. Et nous avec.

  Valérie Susset, Vosges Matin, le 10 avril 2013.

http://www.vosgesmatin.fr/actualite/2013/04/10/une-jeunesse-amoureuse

LE REPUBLICAIN LORRAIN

(Article publié conjointement dans les journaux "L'Est Républicain", "Vosges matin" et "Le Republicain Lorrain".)

Envoûtant. Il y a de la magie dans le nouveau film de François Caillat. Celle d’emmener loin dans l’émotion, très loin. Sans pourtant qu’aucun personnage ne se dessine autrement qu’en mots. Des mots dits par le réalisateur lui-même, dont le grain de voix a le charme du sentiment amoureux. Et dont le talent pour évoquer ses propres amours de 17 à 33 ans, dans le Paris des années 70, donne une splendide dimension imaginaire à des faits réels. Permettant à tous, jeunes et moins jeunes, d’être bouleversés… par leur mémoire personnelle. « C’est moi qui prends la parole pour raconter ma vie, c’est vrai, mais ce n’est pas une position égotiste, j’assume simplement mon propos. » Car ici tout est sincérité. Et le spectateur ne s’y trompe pas, qui très vite baisse la garde pour ne plus devenir lui-même que ce promeneur en tendres souvenirs. Impossible de rester insensible devant ce film pour quiconque a le cœur qui bat. « Si tout n’était pas si vrai, il n’aurait pas la même charge émotive », confie François Caillat. « Je pense même que l’imperfection de ma voix joue comme garante de l’authenticité. » Il pense bien.

Au fil du récit s’égrènent larmes et sourires… On l’écoute, on se laisse bercer, on se souvient. « Mais sans l’équipe d’Ère Production à Nancy, qui m’a soutenu dès le début dans mes intuitions, je n’aurais sans doute jamais pu faire ce film… » Car il fallait vraiment y croire, à ce projet de documentaire romanesque inclassable !

Les endroits qui racontent

Filmer des façades, des fenêtres, des trottoirs d’aujourd’hui… pour raconter une jeunesse amoureuse dans la capitale d’après mai 68. Tricoter musiques d’époque et rumeurs de la ville, photos floues et fragments de correspondance amoureuse. Saupoudrer d’images piquetées, filmées en super-8. Superposer le temps. Avec la volonté d’« offrir un écrin à chacun pour lui permettre de revivre sa propre jeunesse amoureuse. » Pari osé. Pari gagné.

« J’avais envie de dire aux gens : voici ma jeunesse, mais le sujet c’est vous, ce film est un espace dans lequel vous pouvez fabriquer votre propre mémoire ! » Les amoureuses de François Caillat n’ont donc pas de prénom. Sa caméra n’ouvre que rarement les portes de ses anciens appartements. Et pourtant on voit tout. On voit les balades romantiques main dans la main, on voit les jours et les nuits passés au lit derrière des volets clos, on voit les souvenirs de voyage qui s’accumulent dans les appartements. On fait même un détour par la contre-culture aux États-Unis, la dictature militaire au Chili… Les noms de rues parisiennes défilent. On suit.

Éternel nomade dans la capitale, François Caillat n’a jamais cessé de déménager. Ni d’aimer. Ni de faire du cinéma depuis qu’il a tourné son premier court-métrage à 26 ans. L’ancien écolier d’Audun-le-Tiche (57), fils d’un ingénieur des mines installé à Villerupt jusqu’à ses 10 ans, aurait pu rester professeur agrégé de philosophie toute sa vie. Mais son truc à lui, c’est la valeur sensible des lieux. Alors il fait des films avec les histoires que les endroits lui racontent. « Ce qui m’intéresse n’est pas de retrouver les choses mais de mettre en scène les manques. » En 1997, le réalisateur mesure à quel point les lieux l’inspirent avec « La Quatrième Génération », son premier long-métrage documentaire sur l’histoire de sa famille lorraine. En 2001, les paysages lorrains sont les héros de « Trois Soldats allemands », film inspiré par les tombes dénichées dans le jardin de sa grand-mère. « Bienvenue à Bataville » sort au cinéma en 2008. François Caillat devient l’un des maîtres de l’École Française du Documentaire.

Dans « Une jeunesse amoureuse », il réussit la prouesse de raconter sa vie sans encombrer le spectateur. Il ne savait d’ailleurs pas, avant de commencer, jusqu’où il allait se livrer. Jusqu’au tragique. La logique du film, l’objet cinématographique, l’ont emporté. Et nous avec.

Valérie Susset, Vosges Matin, le 10 avril 2013.

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2013/04/16/la-jeunesse-amoureuse-de-francois-caillat

 

LE TÉLÉGRAMME

Rencontre. La jeunesse amoureuse de François Caillat

Le cinéaste François Caillat présentait vendredi en soirée son tout nouveau long-métrage, Une jeunesse amoureuse, au Quai Dupleix. « J'ai eu 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie », avait écrit en son temps Paul Nizan.

Nomadisme essentiel

François Caillat porte un regard autrement plus optimiste sur cette période charnière de la vie. Son film est le récit d'un nomadisme sentimental, teinté de la nostalgie d'un passé révolu. On passe de souvenir en souvenir comme de rue en rue dans le Paris des années 70. Ouvert à l'interprétation

Adepte du vagabondage et de la « mise en émoi », la caméra de Caillat multiplie les plans fixes sur les adresses où il consomma des amours passionnées et tourmentées. Ça et là quelques images d'archives délavées en super 8 donnent de la chair au récit. « Ce n'est ni une fiction, ni un vrai documentaire sur ma vie. J'ai voulu créer un espace dans lequel le spectateur pourrait s'engouffrer, de sorte que chacun puisse se remémorer sa propre histoire, raconte le réalisateur. Mon travail est un objet offert à tous. C'est pourquoi je me suis contenté de donner simplement un peu de moi ». Toute l'habileté de cet « amoureux professionnel » consiste en effet à dévoiler un petit peu de son existence sans trop en dire. Sa voix, volontairement monocorde – « histoire d'éviter tout effet spectaculaire », précise François Caillat – habille un récit linéaire qui s'étire sur quinze ans, de 1968 à 1984. Un authentique ovni cinématographique qui vaut le coup d'œil.

Gilles Carrière, Le Télégramme, 8 avril 2013.

 

MIRABELLE TV (Lorraine)

Rencontre avec François Caillat à l'occasion de la sortie de son documentaire-récit "Une jeunesse amoureuse" au Caméo Ariel de Metz.

Reportage : Alicia Hiblot

© Mirabelle TV - Avril 2013

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Extrait du film :

« Tu portes un manteau trop léger, tu enfonces tes mains dans les poches à cause du froid. Moi, je suis planté maladroitement à côté de toi. La photo est un peu floue, c'est un passant qui l'a faite. Il nous a pris pour des touristes. C'est vrai, on est un peu des touristes. On n'a aucun endroit où s'installer. On ne fait que marcher. »

François Caillat :

Au départ, il y a vraiment le désir de reparler d'une époque qui m'a énormément marqué, non seulement parce que c'était mes vingt ans, qui sont toujours des années assez merveilleuses, je pense, pour beaucoup de gens ; mais en plus (des années) qui se sont déroulées dans une décennie dans laquelle j'avais beaucoup d'enthousiasme et d'appétit pour tout ce qui se passait : la décennie des années 70 qui, je pense, était assez favorable aux jeunes gens de vingt ans.

À l'époque, j'ai beaucoup circulé dans Paris, j'ai déménagé souvent, donc j'ai un peu parcouru, en une dizaine d'années, tous les quartiers de Paris. Je me suis dit que j'allais revisiter cette période en revisitant Paris, en retournant sur tous les lieux où j'ai vécu, en essayant de leur faire « dire » le passé, mais en les filmant aujourd'hui. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de reconstitution, il n'y a pas d'archives, c'est le Paris d'aujourd'hui mais qui est re-filmé de telle manière qu'on puisse se ressouvenir des choses. C'est un parcours sur la géographie sentimentale, la géographie amoureuse, au sens propre, de Paris.

Extrait du film :

« J'habite au premier étage, au-dessus de la porte bleue, les deux stores. Je fête ici mes vingt-et-un ans. Enfin je suis majeur. »

F.C.

Ce n'est pas un film exhibitionniste, ce n'est pas un film où simplement je fais les gros bras en racontant mes conquêtes amoureuses. Ce n'est pas du tout ça. C'est un film où je me mets à nu, mais avec une certaine fragilité. Il n'y a que comme ça que le film peut réussir, c'est parce qu'il y a cette fragilité qu'il peut y avoir une place pour le spectateur ; et que le spectateur peut se mettre à côté de moi et rêver à son tour. Cette fragilité, évidemment, elle est difficile, parce qu'on la sent dans le tournage, donc on se met un petit peu en danger. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai tourné tout seul, à la caméra et au son, ce qui ne m'était jamais arrivé, pour le faire selon mon propre rythme, selon mon mode, et pour que cela corresponde à ma propre sensibilité.

Extrait de film :

« Je filme avec ma petite caméra 8mm. Tout m'intéresse : les paysages, les villes, la nouveauté. J'ai vingt ans. »

F.C.

C'est un cheminement. C'est long, en fait. C'est une vie. Je n'ai plus vingt ans. Depuis mes vingt ans, j'ai fait des études de philosophie, j'ai même été professeur de philosophie à un moment. Il m'en reste un certain goût parfois pour la chose intellectuelle. Mais c'est vrai que, le temps venant, je me suis davantage laissé allé aux sentiments, à la sensation, et je crois que ce film-là est un film très sensible. C'est ce qu'on me dit. Et je pense que j'ai vraiment accepté de lâcher beaucoup de choses pour parler avec une sincérité qui, finalement, est bénéfique au film. Le spectateur pourra être lui-même capable de revivre sa propre jeunesse à partir du moment où il voit, en face de lui, un témoignage qui est très authentique, très sincère. Ce n'est pas fabriqué, il n'y a rien de faux. C'est une proposition de quelqu'un qui raconte sa vie pour que les autres pensent à la leur. C'est un échange que je propose.

 

Lien vers la video

 

COMMUNIQUÉ DES CINÉMAS INDÉPENDANTS PARISIENS

François Caillat arpente Paris et sa mémoire tout au long de la décennie 70. Il est le narrateur de cette anamnèse; en voix off, il raconte - une sorte de journal intime - ses premières amours, en filmant les lieux où il a vécu. Passy, le pont de Bir-Hakeim, les places et les rues, les immeubles. Au-delà des fenêtres muettes, vues de l'extérieur, les fragments des années enfuies prennent vie, avec en contrepoint la musique de Soft Machine, John Surnam... Le présent se superpose au passé. Une géographie de Paris au gré des variations de la lumière dessine une éducation sentimentale au sens de Flaubert, amour et apprentissage de la vie, de la politique (avec, décalées, des images super 8 d'un voyage aux États-Unis) ou comment un jeune homme bien rangé (khâgne, normale sup', agrégation) lorgne du côté des chemins de traverse de la vie, sillonnés d’ornières. Des femmes aimées on ne voit que des photos noir et blanc ou l’absence de photos, des fragments de lettres. On écrivait beaucoup alors, le pouvoir des mots comme une inlassable mise au point à la recherche de soi et de l’autre. La lettre de la première amoureuse fait écho à celle de la dernière qui laisse un sentiment d’infinie tristesse. « Sentimental journey », ce voyage intime comme usage du monde nous laisse l’espace de nous resouvenir et de repenser notre histoire.  

C.C., 4 avril 2013.

 

SUR INTERNET

 

MEDIAPART
 

« L’être humain est un être de narration, son identité est une identité narrative. » Paul Ricoeur

J’ai toujours détesté l’idée d’arriver en retard au cinéma. Manquer le début d’un film m’a toujours été insupportable. J’aime me préparer à voir un film. J’aime aussi y aller seul, éprouvant le besoin d’être loyal envers moi-même, de le recevoir.

Mais ici, avant d’entrer dans la salle, c’est le titre même du film qui me questionne : une jeunesse Amoureuse. L’article est indéfini. Une, parmi d’autres. Par ailleurs ce titre est accompagné du mot Récit que le Robert définit ainsi  « Relation orale ou écrite (de faits vrais ou imaginaires) ».  Enfin, c’est bien « un film de… » ! Je résume : nous allons voir un film de François Caillat qui va puiser dans des faits vrais ou imaginaires les éléments d’un récit sur sa vie amoureuse, au temps de sa jeunesse, sachant que chaque spectateur peut être renvoyé à sa propre histoire amoureuse.

Extraordinaire ambivalence de cette annonce qui est celle du film. Est-ce vrai ? Oui : on voit des photos, des extraits de lettres, des lieux ; le narrateur relate des faits, des gestes dont il se souvient. Est-ce imaginaire ? Sans doute, car il s’agit d’évènements qui se sont déroulés trente ans plus tôt, de revenir sur ses pas, sur les lieux où se sont déroulés ces histoires qu’il nous conte, de les revivre, au prix d’un effort sur soi-même, parfois d’une grande souffrance. Est-ce un documentaire, une auto-fiction, une fiction ? Ces catégories volent en éclat.

La force et la beauté du film est de nous faire voyager entre réel et imaginaire, entre passé et présent, entre noir et blanc et couleurs, entre images floues et nettes, entre caméra tremblante et plans fixes, entre nuit et jour, entre soleil et pluie, jardins et rues, musiques et bruits, entre visages et lettres, entre Paris, les Etats Unis, l’Amérique du sud, la Tchécoslovaquie, entre la voix du narrateur qui accompagne tout le film et les plans qui illustrent ou font un pas de côté.

Du coup, le spectateur n’est pas dans la sidération. Il est convié à un voyage,  qui le fait pénétrer dans la vie même du cinéaste mais sans qu’il en soit prisonnier. Nous invitant à lever le voile sur la vie amoureuse du narrateur, le cinéaste nous fait revisiter la nôtre. Ses souvenirs, ses sentiments, ses émotions sont les nôtres. Ce film est une invitation au voyage dans chacune de nos histoires. Parce que « une jeunesse Amoureuse » est une «rêverie »  qui « à la différence du rêve ne se raconte pas. Pour la communiquer, il faut l’écrire, l’écrire avec émotion, avec goût, en la revivant d’autant mieux qu’on la récrit… Que d’amants qui rentrés des plus tendres rendez-vous ouvrent l’écritoire ! » note Bachelard (1) Le film est cet écritoire, quarante ans plus tard.

Allons dans le détail.

Première séquence du film : on est dans le métro aérien et on voit défiler des images d’immeubles et de rues filmées en super 8. Cà bouge et c’est flou. Impressions et surimpressions. Apparaît le titre du film. Le film redémarre avec un long plan large sous le métro aérien, du côté de la station Passy, cadré, fixe et vide de toute présence humaine, le même qui bouclera le film. L’architecture du film est posée, entre images d’un réel définitivement passé (photos, correspondances…) et d’un présent sur lequel le cinéaste s’appuie pour se souvenir (rues, immeubles, fenêtres…).

Le narrateur prend la parole et commence son récit. Une voix qui dit « je », un « je » qui prend le spectateur  à témoin. Elle nous raconte une histoire très intime, sa première rencontre amoureuse. On se dit : mais en quoi çà me concerne, moi spectateur ? Nulle envie d’être voyeur. Peur d’être bloqué dans une relation duelle. Comment le cinéaste va-t-il éviter le piège de la complaisance, du narcissisme, de l’exhibitionnisme, de la justification ?

La voix du narrateur qui nous guide est celle du cinéaste, au timbre agréable, assez monocorde, qui s’applique à relater les faits, sans aucun souci de convaincre ou d’impressionner le spectateur. C’est une voix sans pouvoir, un « je » qui n’est pas un moi égocentrique mais le sujet d’une histoire qu’il subit autant qu’il la dirige dans et par le film. Car on sent bien que ce retour sur le passé est douloureux, qu’il y eut un amour inconditionnel et sincère  pour chacune de ces femmes qui le hantent et qui ne sauraient être additionnées, même si le cinéaste les convoque successivement parce qu’il en va de la chronologie de son histoire. Chacune fut unique, irremplaçable, vivante pour le narrateur cinéaste qui les fait revivre avec ce film. Et l’on sent bien que le film est une superbe et déchirante lettre d’amour  adressée à chacune.

Les images. Elles sont liées au passé. En particulier les photos des femmes aimées, les lettres reçues qui révèlent l’intime de la relation au milieu des années 70, époque où la liberté était un maître mot et en particulier la liberté sexuelle. Ces images du passé sont filmées aujourd’hui à l’aide d’une caméra amateur super 8, qui bouge, tente de cadrer, de décadrer, privilégiant des mots de la correspondance, les parties d’un visage… On voit et on ne voit pas, on entend des mots, des phrases dont il nous appartient d’en saisir le sens. Comme si le cinéaste abordait ces traces du passé avec appréhension, sincérité, nécessité douloureuse. Au risque de s’y perdre ou de s’y complaire. Risque déjoué. Il me semble que les plans fixes et longs, parfaitement nets et cadrés, des rues, des immeubles, de leur numéro, des fenêtres d’appartements où se sont déroulées chacune de ces rencontres, lui servent de tremplin pour mieux rêver ce passé. Ces plans ont dû être pensés, pré-vus dès l’origine du film.  « Le décor n’a pas changé, dit le narrateur, mais c’est si loin… » Qui n’a jamais fait un détour dans une rue pour revoir l’immeuble et les fenêtres derrières lesquelles se sont jouées, nouées nos existences ?

Une jeunesse Amoureuse est un film d’une grande rigueur de construction. D’un sujet éminemment personnel et intime, François Caillat en fait une œuvre qui nous touche, nous émeut et nous invite à visiter notre propre histoire.

Guy Baudon, le 21 mars 2013.

 (1) G Bachelard in « La poétique de la rêverie » PUF 1960 p. 7

http://blogs.mediapart.fr/blog/guy-baudon/210313/une-jeunesse-amoureuse-recit-un-film-de-francois-caillat

FROGGY'S DELIGHT

Désormais le cinéma du "je" a obtenu ses lettres de noblesse et ce n'est pas qu'un hasard si "Jaurès"" de Vincent Dieutre sort en DVD la semaine où sort en salles "Une jeunesse Amoureuse" de François Caillat.

Si Vincent Dieutre parle de sa "plus belle histoire d'amour", François Caillat fait le récit de sa longue jeunesse amoureuse. Tout démarre à l'aube des années soixante-dix, quelque part dans le quartier tranquille de Passy, à quelques pas du métro aérien, là où Brando dérivait dans "Le Dernier Tango à Paris".

Mais si le récit commence presque synchro avec le film de Bernardo Bertolucci, c'est à Patrick Modiano que l'on pense quand François Caillat se remémore sa première histoire d'amour. Il est tout jeune, la concierge est encore dans l'escalier et les jeunes filles ne reçoivent pas les jeunes gens romantiques dans leurs chambres d'étudiantes... Alors, on parle des heures sur le seuil de l'entrée, dans l'escalier ou sur un banc de parcs.

On marche beaucoup et on s'aime trop tôt et trop fort d'un amour éternel... qui quarante ans après n'est déjà plus qu'un lointain souvenir ponctué de photos aux couleurs passées, de cartes postales où l'encre a séché. Caillat filme les lieux de ses premières amours, les endroits qu'il fréquentait en préparant son agrégation de philo, lit les mots échangés.

Et bien vite, les histoires s'enchaînent, les jeunes filles entrent et sortent de sa vie. Il emménage et déménage, voyage, aime et déprime. Beau garçon aux cheveux longs, charmant, intelligent, doté d'un regard profond et d'une voix douce, François Caillat attire les jeunes femmes qui ont envie d'aimer, de vivre - à leurs risques et périls - une "grande histoire d'amour".

Dans "Une jeunesse Amoureuse", un homme dans la soixantaine regarde un jeune homme à la vie romanesque, presque étonné de parler de lui-même.

À Modiano Patrick succède Perec Georges. C'est en effet à un minutieux travail de reconstitution du mode d'emploi d'une vie que convie François Caillat. Archiviste de lui-même, il fournit un impressionnant dossier sur ce qu'il fut. Que de lettres ! Que de cartes postales ! Que de parcours dans Paris et ailleurs !

On part parfois au bout du monde, avec des images super-8 de l'Amérique en pleine effervescence hippie qui rappelle le cinéma des années 1970, les chansons de Simon et Garfunkel...

Et miracle du montage virtuose de Martine Bouquin, on ne sort pas épuisé de cette tentative d'englober exhaustivement tous les morceaux d'un puzzle dispersé par le temps. On ne sort pas non plus envieux ni jaloux de tout ce qu'a vécu François Caillat.

Au contraire, on pioche dans cette accumulation incroyable de quoi reconstituer son propre parcours, même si la route a été plus rectiligne et plus morne.

François Caillat aurait pu faire un livre de sa vie, il a préféré en faire un film et il a eu bien raison : "Une jeunesse Amoureuse" est un grand film personnel, une œuvre qui ouvre de multiples horizons et qui prouve qu'on peut faire un cinéma du "je" qui n'est pas nombriliste.

On peut prédire qu'" Une jeunesse Amoureuse" de François Caillat est un film qui marquera 2013 et qu'il ouvre un champ nouveau à l'autobiographie filmée.

 

Philippe Person, le 30 mars 2013. http://www.froggydelight.com/article-13214-Une_jeunesse_Amoureuse.html

CRITIKAT

Le cinéaste hante les lieux qui ont vu naître ses nombreuses amours, d’une France post-soixante-huitarde au début des années 1990. Mêlant les photos du passé et des images tournées au présent dans les lieux chers à son souvenir, François Caillat s’efforce de tracer de sa jeunesse amoureuse une cartographie de Paris et des sentiments.

Ma jeunesse amoureuse

À la fin des années 1970, deux amoureux de dix-sept ans arpentent Paris, de Passy à Bir Hakeim, des nuits durant. L’un vit chez ses parents, l’autre chez une logeuse qui ne tolère pas les visites. Près de quinze ans plus tard, le même homme aime passionnément deux femmes à la fois et a renoncé à sa carrière de professeur de philosophie, pour devenir, selon ses termes, un amoureux professionnel. Entre ces deux dates, François Caillat évoque, dans un récit à la première personne, la longue série des amours qui ont fait sa jeunesse. Entre ces deux histoires, ce n’est pas seulement sa jeunesse qui a passé, mais c’est aussi l’évolution de la société face à l’amour qui s’est totalement bouleversée.

Pourtant, Une jeunesse amoureuse n’est pas, comme le film prête par moment à le croire, une histoire de l’évolution des mœurs et de la libération sexuelle. La voix-off semble, au début, hésiter entre ce projet, et celui, plus intime, plus présomptueux, aussi, de se raconter de façon très personnelle. Si les récits sont intimes et circonstanciés, ils ne sont pas pour autant impudiques. À l’évocation de femmes de chair et d’os répondent des photos aux cadrages rapprochés, des bouts de films amateur, de vieilles lettres d’amour ou encore des nus féminins empruntés à la statuaire et la peinture de squares ou de musées. Plus que l’image, c’est la voix du cinéaste qui donne corps à la mémoire. Lui qui fut un collectionneur, présente son film comme une collection de femmes, d’histoires et de souvenirs. Parmi les rares archives qui incarnent ce passé amoureux, des extraits de son premier court-métrage de fiction, Lamparos, qui évoque « un homme, deux femmes, la mémoire, les lieux ».

Carte du tendre

Étonnamment, cette description de la toute première fiction du cinéaste pourrait aussi bien servir de synopsis à ce tout dernier documentaire. Dans Une jeunesse amoureuse, l’évocation des femmes aimées se double d’un portrait de la ville de Paris, des différents lieux que le cinéaste a habités, des portes et des fenêtres qui peuplent son souvenir. Ainsi se constitue une cartographie des lieux de Paris, depuis quartiers chics du dix-septième et seizième arrondissement, jusqu’aux coins plus populaires de Gambetta et du onzième ou plus branché du Marais. La cartographie des lieux se transforme aussi en topographie amoureuse, en Carte du Tendre qui recense et ordonne toute l’amplitude du sentiment amoureux : la tendresse adolescente, la connivence intellectuelle du couple installé, la simplicité de l’amour primitif, la jalousie, le désir, la passion fulgurante. Comme toute carte, celle-ci n’est qu’une codification de la chose représentée, pointant par-là l’absence de la chose elle-même.

Car en auscultant ses souvenirs, François Caillat questionne effectivement la question de l’absence et du manque, lui que Thierry Garrel qualifie de « chasseur de fantômes ». Dans Bienvenue à Bataville (2007), le spectre de l’industriel de la chaussure prenait lui-même la parole pour raconter la construction de son empire paternaliste, et c’est un personnage de disparue, ou plutôt ce qu’une absente peut susciter de fantasmes, de récits et de projection, qui intéressait le cinéaste dans L’Affaire Valérie (2004). L’absence du passé, de l’intensité des sentiments de la jeunesse et des femmes, parties sur d’autres continents, ou perdues à jamais, voilà ce qu’interroge François Caillat en filmant dans les lieux du présent la trace du souvenir. Les lycéens devant la porte du Lycée Carnot, les jeunes familles du square Montsouris ou les amoureux du Luxembourg n’intéressent le cinéaste que par l’évocation d’une réalité passée similaire. Le risque réside alors dans le fait que le spectateur, à l’instar de la caméra, n’en reste qu’aux façades, et ne passe pas la porte de cette histoire, qui hésite entre se montrer universelle, et s’assumer comme strictement et irrémédiablement intime.

Raphaëlle Pireyre, le 2 avril 2013. http://www.critikat.com/Une-jeunesse-amoureuse.html

LE RANDONNEUR (Blog de Daniel Bougnoux pour La Croix)

François Caillat a réalisé sur ses amours de jeunesse un long métrage, « Une jeunesse amoureuse », qui passe depuis quelques semaines au studio Saint-André des Arts le dimanche en fin de matinée, à l’heure où quelques familles sortent encore de la messe et s’apprêtent à passer à table.

Tous les amoureux de Paris, et de l’amour, devraient assister à cet exercice de remémoration, et de mise au point sur les chers souvenirs (fragments de lettres manuscrites, façades de maisons, rues d’une ville fertile en fantômes et en rencontres désormais abolies…). Qui n’a fait l’expérience poignante de revisiter de l’extérieur un immeuble où il a grandi, aimé, rêvé, et qui se trouve depuis passé en d’autres mains pour abriter d’autres vies, ou aventures ? Les façades sont d’étranges miroirs, tournés sur le dedans de pensées devenues impartageables, vestiges pourtant ou témoins (pour soi seul) d’une histoire qu’on voudrait parfois revivre, et dont les lambeaux voltigent ironiquement entre les persiennes battantes et les traces de pluie. Autant en emportent la rue, et le caniveau…

François a caressé ces visages de pierre en longs plans fixes, comme pour accorder sa fragile anamnèse à ces blocs massifs, chapeautés de zinc : le square d’Albony, quelques petites rues du Marais, l’angle Vaugirard du jardin du Luxembourg, une fonderie dans le XI° reconvertie en école de danse ou cette façade haussmannienne où court un balcon au-dessus d’une pharmacie, du côté de la place Jean-Jaurès…, disent ainsi des parcours ultra-sensibles, stases ou puits de mémoire qui ne parlent qu’à celui qui filme et se souvient, en énumérant autour de ces vues des dates, quelques épisodes mais sans jamais prononcer les noms des jeunes femmes, qui feraient verser le film dans l’anecdote : il s’agit de tendre et d’offrir cette géographie sentimentale au spectateur afin de réveiller en lui d’autres lieux, d’autres histoires, tout un musée imaginaire et forcément privé.

On devine les écueils que devait déjouer l’entreprise de ce film spectral : comment s’intéresser encore à une soirée diapo, ou à l’album de famille des autres ? François devait donc doser l’intime et le public, combiner une histoire intime à la géographie pour réveiller en arpentant ces rues, qui appartiennent à chacun, des fantômes très particuliers. Les documents qu’il accroche en passant aux maisons d’apparence banale, débris de lettres ou de photos, déclaration d’une amoureuse, mugissement d’un saxophone saluant l’aurore sur la Seine ou reprise entêtante de la troisième symphonie de Gorecki, s’accordent merveilleusement à cette indécision du souvenir quand nous le rabattons sur une perception actuelle : comment raccorder le passé au présent, le souvenir obsédant à l’évidence factuelle des lieux, le feu d’amours qui furent à leur cendre ? Quelques vidéos, maladroites et tremblées, témoignent des voyages, des rencontres du narrateur qui s’étonne et qui pourrait dire, comme celui du « Pont Mirabeau » d’Apollinaire identifié aux piles du pont au-dessus du flot incessant, « Je demeure ». Il arrive dans la vie un âge où ces demeures, trouées de toutes parts malgré leur apparence solide, ne laissent pas de hanter, d’éberluer le promeneur.

Daniel Bougnoux, le Randonneur pour La Croix, le 29 mai 2013.

http://media.blogs.la-croix.com/avoir-aime/2013/05/29/

À VOIR, À LIRE

 Un journal intime filmé qui cherche à retrouver la mémoire d’une vie sentimentale à travers les lieux qui l’ont vu s’épanouir. Parfois aride, mais finalement intéressant par l’audace de sa démarche artistique.L’argument : Récit d’une éducation sentimentale à cœur et corps perdus dans le Paris des années 1970 : celle du narrateur qui vécut là pendant quinze ans les découvertes et excès de sa jeunesse. Une histoire intime autant que l’aventure d’une génération. Un film sur la difficulté d’aimer. Entremêlant des lieux, des images de jeunes femmes et des fragments de lettres, le film construit une géographie amoureuse de Paris. En contrepoint, des photos et films super-8 tournés lors de voyages aux États-Unis dans la contre-culture et au Chili sous la dictature militaire, rappellent ce que fut cette époque.A traquer les fantômes d’une existence, le cinéaste s’épuise parfois à filmer des rues vides et des espaces désertés, au point d’introduire une certaine monotonie sur la durée. Si l’on est forcément séduit par son expérience riche de tous les possibles, la forme du documentaire peut entraîner une lassitude qui ne s’estompe que vers la fin, beaucoup plus poétique grâce à l’introduction de la sublime musique de Gorecki. Dès lors, le projet artistique audacieux du réalisateur se dévoile entièrement et peut saisir pleinement le spectateur. Puisque les hommes ont la mémoire courte, peut-être que les lieux se souviennent de notre passage sur Terre ? Cette idée séduisante et poétique fait tout le sel de ce documentaire hors-norme, quasi expérimental qui demande toutefois une implication certaine du spectateur. A l’image des journaux intimes tournés par Vincent Dieutre, on est ici dans un cinéma exigeant qui nécessite un réel effort du spectateur. Celui-ci n’en sera que mieux récompensé lorsque l’émotion l’étreindra lors d’un dernier quart d’heure qui justifie à lui seul l’investissement précédent.

Virgile Dumez, le 3 avril 2013. http://www.avoir-alire.com/une-jeunesse-amoureuse-la-critique

 

LES FICHES DU CINÉMA

François Caillat pose sa caméra dans Paris et évoque ses rencontres amoureuses passées. Porté par un texte envoûtant, ce récit au présent est une fugue poétique et pudique.

Marine Quinchon, Les Fiches du Cinéma, le 3 avril 2013.

CRITIKAT (Dominique Cabrera)

Une fois n’est pas coutume, Critikat donne la parole à une cinéaste ; Dominique Cabrera nous a fait parvenir un regard personnel sur Une jeunesse amoureuse de François Caillat, qui sort ce mercredi 3 avril sur les écrans.  

Il avait dix-huit ans à Paris, il commençait d’aimer et son lycée n’était pas mixte. Il arpentait les rues de Paris seul, à deux, en moto, en auto, en amis, en aveugle, en amoureux… Il avait trente ans à Paris et celle qui l’aimait alors qu’il en aimait aussi une autre s’est penché trop loin par la fenêtre. Entre ces deux dates, dans le Paris des années 1970, François raconte une jeunesse amoureuse et c’est d’abord la musique de cette jeunesse qu’on écoute. J’entends Jeanne Moreau dans Jules et Jim. « On s’est connus, on s’est reconnus, 
On s’est perdus de vue, on s’est r’perdus d’vue 
On s’est retrouvés, on s’est réchauffés, 
Puis on s’est séparés. Chacun pour soi est reparti. 
Dans l’tourbillon de la vie. » Ils sont toujours là aujourd’hui les lieux qui ont vu passer le tourbillon de la vie de François. Alors il les filme. Il filme des rues, des squares, des fenêtres, des immeubles, des ponts, des rues, des quais, des parcs. « On avait trouvé un petit logement à louer, rue de Vaugirard, rien que pour nous deux. » Paris devient la carte des adresses de l’amour, la carte du tendre des paris de la jeunesse et il nous semble voir passer François la main dans la main d’une jeune fille aux genoux d’agneau fragile. Ils descendent la rue vers la chambre de la première fois. Les filles ne prenaient pas la pilule. « C’est là que nous faisons l’amour, il y a la chambre, le lit, pas le mode d’emploi. On a dix-huit ans… » Ils sont toujours là les lieux qui ont vu passer François et ses amours. Il les regarde en face. C’est le temps qu’il regarde, le temps qu’il fait et celui qui passe. La lumière change, quelqu’un traverse. C’est la nuit, des voitures tous phares allumés foncent. C’est le matin, à la sortie du lycée, des ados, la vie est là, douce et violente, indifférente à celui qui se souvient. « Une fille, un garçon qui marchent dans la ville, qui s’embrassent dans un escalier sombre. » Il est toujours là l’escalier et la ville. Ils restent les lieux, elles restent les lettres qu’elles lui ont écrit, elles restent les photos qu’il a prises, qu’elles ont prises, elles restent les images tremblées des films de vacances. Ils restent et nous passons. « Et tôt serons étendus sous la lame et des amours desquelles nous parlons n’en sera plus nouvelle, pour ce aimez moi cependant qu’êtes belle... »

Je me demande souvent ce qui nous pousse nous la modeste cohorte des filmeurs autobiographes à faire des films avec la chair de notre chair, avec la chair de ceux que nous aimons au risque de mal faire, au risque de faire mal. Risque terrible et qu’on ne se pardonne jamais. En regardant, en écoutant le film de François, la réponse éclate à chaque plan. Notre vie est un roman dont les lettres s’effacent aussitôt que la lumière le touche. Alors vite, nous risquons le coup de dessiner quelque chose du bout des doigts avec la poussière irisée, avec la merde qui s’y est prise... Que faire d’autre ? Alors François filme les lieux, les rues, les adresses de ses amours… « Enfin nous habitons ensemble. La cohabitation est très joyeuse, deux sœurs avec leurs amoureux incognito, c’est vraiment la belle vie. » La belle vie comme elle est belle dans la voix de François. Il tache de se souvenir avec précision de ce qui s’est passé, de comment cela s’est passé et il le raconte de sa voix pleine de charme. Sa voix pleine de charme. Elle en a du charme la voix de François, un charme indéniable qui nous entraîne en musique à travers les années, les visages, les corps. Je songe au mot charme, le charme, la séduction, le charme, l’arbre dur et blanc des bords d’étang, le ch du chuchotement du charme, l’arme du charme, il y a aussi le charme, l’envoûtement. « sa voix qui sitôt m’envoûta » L’envoûtement il en est beaucoup question dans Une jeunesse amoureuse. L’envoûtement d’une silhouette aperçue, l’envoûtement d’une étreinte répétée, l’envoûtement d’un lien qu’on ne peut défaire, l’envoûtement de ce qui revient. « La treizième revient... C’est encore la première. » En écoutant la voix de François raconter une jeunesse amoureuse, je pensais à ce que l’on cherche, à ce que l’on fuit dans la répétition des amours, le sens et le non-sens de la répétition, les sens et le non-sens des répétitions et des variations, ce que l’on ne peut changer jusqu’au jour où l’on s’y brise. Quand la charogne apparaît dans le corps de l’amour, le réel brise le charme. Alors peut-être peut-on commencer de vivre et de faire… « Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
 Ce beau matin d’été si doux :
 Au détour d’un sentier une charogne infâme
 Sur un lit semé de cailloux. »

Faire un film c’est faire une expérience, avec le temps et l’espace, les images et les sons. Rompre les charmes, c’est lutter avec l’ange, tenter de sortir du labyrinthe des miroirs, parvenir à reconnaître qu’il y a un autre et du réel… C’est à cela je crois que s’attelle le film, ce cela je crois qui fait qu’il travaille longtemps en nous. Tenter d’y voir clair, en orchestrant des images, des sons, la vie erratique et tenter de faire œuvre de cette expérience intime, un spectacle. Ce n’est pas le moins troublant de ce film que l’auteur en soit aussi le personnage principal, la construction, le leurre véridique. C’est peut-être ce dédoublement que nous cherchons quand nous nous lançons dans l’entreprise autobiographique. Moi et l’autre construire le film, moi et tous les autres que je suis, s’accepter double, multiple, composer du sens et du non sens avec le non sens et avec le sens. Heureusement qu’il y a les sens, la sensualité, la certitude de l’instant, l’évidence plaisir qui donne parfois le la à notre musique sans queue ni tête. Dans cet effort de dédoublement, d’éclatement contrôlé le spectateur devient le tiers qui nous protège, l’ami à qui l’on prête l’écoute bienveillante, celui qui saurait qu’il y a quelque part un fil d’Ariane, d’ailleurs il travaille à le trouver, celui qui saurait qu’on peut échapper au Minotaure. Et nous spectateurs, à regarder l’exercice, nous éprouvons de la confiance, du plaisir, de la peur, du soulagement… Alors, c’est possible ! Il y est parvenu. Il a marché sur un fil au dessus de sa vie, des ses défaites, de ses éblouissements, il a marché sur le fil là haut, il a eu le vertige, il aurait pu tomber, il est tombé, il s’est rattrapé, il a peut-être fait tomber quelqu’un, sans le vouloir, elle est tombée sur le bitume. Nous savons bien que nous aussi nous avons peut-être sans le vouloir, sans le savoir, fait tomber, laisser tomber quelqu’un. Une vie que nous avons croisée s’est abîmée faute d’un regard, d’un appel, d’un mot. Nous n’avons peut-être pas eu le courage de regarder le gouffre aussi longtemps que François, nous n’avons peut-être pas eu le courage d’y plonger pour rapporter du nouveau.

Jamais je n’ai entendu un homme raconter ainsi comment il a aimé celle-ci, rencontré celle là, cru, menti, perdu, retrouvé. Jamais ? Pas tout à fait. J’ai déjà entendu un homme me raconter cela. C’était dans l’intimité et la confiance d’un nouvel amour. Il racontait, je racontais les autres avec tendresse peut-être parce que toutes ces amours semblaient conduire à notre bonheur naissant. C’est un autre cadeau que François nous fait de nous croire, nous spectateurs, capables d’écouter une voix qui parle à une oreille aimée. Et dans le noir de la salle nos souvenirs, nos images intimes s’associent aux siennes… Nous y sommes dans le film. Le sait-il quand il passe au tu. C’est d’elle, c’est d’elles qu’il parle et soudain il dit tu… N’est ce pas à nous aussi qu’il dit tu ? Nous sommes celles qu’il a aimé, nous sommes lui qui les a aimées, nous sommes elles qui l’ont aimé, peut-être parce que nous ne les voyons pas tout à fais… Filmées de biais... Une photo tremblée, un geste dérobée, un profil flou, une poignée de cheveux, deux yeux de ciel. Elles ne seront pas épinglées nues sur le mur, exposées à la curée. Elle, elles, tu, chacune est singulière, aucune n’est éclairée de la lumière crue qui nous la ferait reconnaître dans la rue. C’est toi, tu te reconnaîtras peut-être, singulière et anonyme, protégée, projetée. Car ces elles, ces tu, ce sont d’abord celles qu’il a projetées…

« Je la vois passer devant moi et je me dis que c’est la femme dont j’ai toujours rêvé… le coup de foudre est réciproque, ce soir là, je décide de changer ma vie… je brise tout pour disparaître dans la nature avec une inconnue. » Pourquoi fait-il cela ? Il n’y a pas de pourquoi. Il y a seulement des comment. Que cherche-t-il ainsi ? Qui cherche –t-il ainsi qu’il rencontre par instants et qui s’efface quand le charme s’évapore ? C’est lui, c’est nous, et ce n’est pas le moindre charme de ce film de chercher un sens (giratoire) aux de coups de barre de nos désirs. C’est ainsi que nous sommes nous mêmes ballottés, transportés par l’évidence du désir. C’est ainsi que nous renversons nous aussi la table pour nous jeter dans des bras inconnus… Dans la rue d’à côté, il y a peut-être l’adresse de l’amour de demain, on embrassera le nouvel amour sur le banc où le souvenir de l’ancien se tient encore. C’est ainsi, nous le savons bien quand nous marchons dans Paris. C’est là qu’on s’est embrassés, l’année suivante j’ai loué cet appartement sous les toits et qu’est ce qu’on s’est déchirés et au bout de la rue s’ouvrira la porte d’une autre vie, d’un autre je. Paris est un roman. Encore, encore, encore. Encore aimer, encore souffrir, encore mourir. N’est-ce pas cela que nous cherchons dans le nouvel amour ? Un nouveau roman, une promesse, un regard, un climat, des mots pour tenter devenir enfin un des autres que nous sommes. Ce film c’est peut-être aussi cela, un regard, des mots pour qu’advienne un autre François. Il est beau d’être capable de se tenir dans sa vie toute crue. Il est beau François dans son film, dans sa fragilité et dans sa force. Car bien sûr, c’est lui que nous voyons, qui se peint, qui cherche et qui change au fil des photos prises à côté de ses amoureuses, de ses amantes, de ses aimées, de ses disparues. « Déjà ! » comme le chante Jean Champion dans Muriel d’Alain Resnais.

S’il y a des chansons dans ma tête ce soir, c’est que le film de François chante. Il a l’ambition de la grande forme rhyzomatique du roman moderne et la modestie de la chanson qui s’entête « à la pointe d’un sein, au secours de ma main, dans ta bouche inventée au delà de l’intime… » Que c’est amusant et que c’est triste et que c’est bon de se souvenir... « ... de celui pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous, qu’on cherchait sous la pluie, devant qui l’on se traînait comme traînent les chiens… avec le temps... avec le temps va tout va bien... »

Dominique Cabrera

 

SUR LES ONDES

 

FRANCE CULTURE

Une histoire des papes 12/20 par Michel Cool

Léon X, un Médicis face à Luther

L'Invité : Ce matin c'est le réalisateur François Caillat qui nous rend visite pour nous parler de son film sorti en salle aujourd'hui "Une jeunesse amoureuse ". L'histoire d’une éducation sentimentale dans le Paris des années 1970, une sorte de géographie amoureuse de Paris et une réflexion sur la difficulté d'aimer.

Extrait du film :

« Elle m’a laissé ces lignes : « Je ne me pardonnerai jamais de n’avoir pas tenu ma promesse, de n’avoir pas su t’aimer, toi, envers et contre tout, envers et contre tous, envers et contre toi, envers et contre moi ». Cette phrase résonne douloureusement, elle fait écho à la déclaration que m’avait faite la première femme que j’avais connue, quinze ans plus tôt : « Je t’aime, plus que toi, et que moi, et que nous, et que vous, et que eux ».

 

T. Hakem :

C’est un extrait d’une lettre qui ne nous est pas destinée, mais qui nous touche. C’est un extrait d’un film qui nous arrive, comme une lettre, justement. « Une jeunesse amoureuse » de François Caillat, qui est visible dès aujourd’hui dans quelques salles de cinéma. On en parle avec son auteur à 6h20.

 

(...) À 18’41 :

 

Extrait du film :

« Elle porte même les lettres jusque chez moi. Elle les dépose dans ma boîte, directement, sans enveloppe. Quelquefois, avant même que j’ai eu le temps de lire sa lettre, elle vient la reprendre dans la boîte et l’échange contre une autre qu’elle a rédigée entre-temps. Et si cette nouvelle lui donne du regret, elle revient encore et la remplace. Il arrive ainsi qu’une lettre contienne la trace de toutes les précédentes que je n’ai pas pu lire. C’est comme une parole ininterrompue, une phrase qui ne s’achève jamais. C’est sa manière à elle de ne pas lâcher le fil fragile qui nous unit. »

T. Hakem :

Ni fiction, ni documentaire, le film que je vous propose aujourd’hui, le film qui sort aujourd’hui est un récit. Le récit personnel d’une éducation sentimentale, celle de son auteur, François Caillat, de l’adolescence, c’est-à-dire la fin des années 60, à l’âge adulte, le début des années 80.

Que reste-t-il de ses amours ? Des lettres, sensibles, profondes, érudites, poétiques ; des films, tournés en super 8 ; des photos ; les souvenirs et les signes d’une époque marquée par les révolutions utopiques et la contre-culture… Bonjour François Caillat.

F. Caillat :

Bonjour

T.Hakem :

Votre film s’intitule « Une Jeunesse amoureuse », j’aurais pu lui donner un autre titre : « Les histoires d’amour ne finissent jamais, en général », puisque vous revenez sur des histoires d’amour que nous n’avez pas oubliées, près de trente ans après.

F. Caillat :

Elles ne finissent jamais, et j’en ai fait un film. En tout cas, c’est un objet cinématographique que j’ai essayé de faire. Ce n’est pas simplement une confession tardive, ou un récapitulatif tardif, puisque je n’ai plus vingt ans. C’est une incitation à aimer, que je propose au spectateur à travers un objet filmique, qui parle de cette jeunesse amoureuse qui est la mienne, mais qui est une jeunesse amoureuse parmi d’autres.

T. Hakem :

Je sais que vous jouez avec la distance, l’incertitude, l’indétermination, pour laisser le spectateur se projeter sur votre histoire personnelle et retrouver peut-être, qui sait, d’autres sites de ses propres amours. Mais il n’empêche que l’ensemble du film tourne autour de vous. Comment avez-vous fait pour transformer une expérience intime, individuelle, en film, c’est-à-dire une œuvre d’art qui s’adresse et qui doit toucher tout le monde ?

F. Caillat :

Justement, je crois qu’il faut fabriquer un espace dans lequel le spectateur puisse se projeter, s’investir. C’est assez compliqué a priori, parce que quand on raconte une histoire qui s’est passée vraiment – c’est une histoire autobiographique, c’est ma jeunesse, ce n’est pas du tout inventé, je n’ai rien arrangé, je n’ai pas essayé d’embellir, je suis parti de quelque chose d’assez vrai – pour autant, je pense que ma vie ne suffit pas à fabriquer un film ; c’est-à-dire qu’elle n’est pas non plus si incroyable qu’elle permette à chacun de se projeter en disant « c’est une vie pour tout le monde ». Donc il faut à la fois être très sincère, raconter ce qui s’est passé pour soi, être assez proche de soi, fabriquer quelque chose qui soit dans l’authenticité, et, en même temps, fabriquer un espace – en cela, c’est un film et pas simplement un récit autobiographique – dans lequel tout spectateur pourrait se plonger, se remémorer sa propre jeunesse. D’où cette espèce de distance. Mais ce n’est pas une distance froide, ce n’est pas un recul analytique, je ne suis pas en train de faire le compte et le décompte, ou le bilan de mon passé ; simplement, j’essaie toujours de garder un espace, à la fois dans le récit, et aussi, spatialement, dans ce que je montre : dans les rues, dans les façades que je filme ; un espace dans lequel le spectateur peut se dire : Je n’ai pas vécu cette chose-là, mais j’ai vécu quelque chose d’assez proche, et cette proximité me permet de me remémorer moi-même ce qui m’est arrivé. Il s’agit de faire à la fois un film qui raconte sa propre vie et un film valable pour tout le monde.

T. Hakem :

Quand vous dites « fabriquer un film », c’est peut-être le mot juste, « fabriquer », parce que « Une Jeunesse amoureuse », qui parle de votre initiation à l’amour, du Paris que vous avez connu entre 17 et 34 ans, des femmes que vous continuez d’aimer, et qui vous ont aimé… « Fabriquer », c’est le mot juste, parce qu’il y a du cinéma, vous jouez avec tous les codes du cinéma : il y a le drame, le suspense… Comment fait-on ? Est-ce que du coup, lorsqu’on passe, au cinéma, à la « fabrique » d’une histoire, on triche avec le réel ? On triche avec les souvenirs ?

F. Caillat :

Non, on ne triche pas. Encore une fois, je n’ai pas changé, je n’ai pas embelli. S’il y a des choses qui n’y sont pas, c’est qu’il y a des choses en moins, il n’y a pas de choses en plus, je n’ai rien inventé du tout. Parfois, certains m’ont donné le conseil de « fictionner » un peu, d’arranger les choses si ça n’allait pas… mais non, sinon j’aurais fait une fiction, c’était aussi simple pour moi : je prenais un scénariste et on inventait une destinée spectaculaire qui, justement, n’est pas la mienne. Mon parcours est peut-être assez excitant mais, en même temps, il est assez normal. Il y a beaucoup de gens de ma génération qui ont vécu ce que j’ai vécu. Donc j’ai laissé tel quel. En revanche, « fabriquer », c’est le mettre dans un dispositif de mise en scène, c’est l’insérer dans un récit, avec, effectivement, un début et une fin, une dramaturgie. Donc des films comme celui-là sont des films assez longs à monter, il faut qu’il se passe quelque chose, qu’on ne s’ennuie pas ; là, il y a plusieurs histoires d’amour qui se succèdent, il ne faut pas ressentir de la répétition... Le propre de tout film, c’est de fabriquer un objet qui se regarde dans une durée donnée, ici 1h45, et qui se regarde comme un objet artistique. Donc c’est un mélange, et c’est en cela que ce n’est, effectivement, ce n’est ni une fiction ni un documentaire. C’est quelque chose qui tire sa matière d’un récit réel pour fabriquer un objet avec des codes de la fiction. C’est un objet romanesque, en fait. C’est un objet pour rêver, mais qui est très ancré dans la réalité. Ce n’est pas du tout inventé. J’espère que cet ancrage fait qu’il y a une dimension de vérité qui traverse le film.

T. Hakem :

Techniquement, le film se base d’abord sur ces quartiers que vous avez habités, qui ont abrité vos amours, que vous filmez aujourd’hui ; des films en super 8, que vous avez tourné à l’époque ; et beaucoup de lettres, les lettres que vous avez reçues de la part de ces femmes que vous avez aimées et qui vous ont aimé ; des photos de l’époque. D’ailleurs, ce qui est très étonnant quand on voit ce film, c’est la beauté de ces lettres : c’était hier, mais on a l’impression que c’était il y a déjà un siècle. On n’écrit plus de lettres à l’heure des sms…

F. Caillat :

Oui, on n’écrit plus de lettres d’amour… et ce qui est étrange, c’est que je les ai gardées. Je n’ai pas la manie de tout garder, il se trouve que je les avais. Les gens qui ont vu ce film sont très étonnés parce que retrouver des lettres d’amour, ça ne se fait plus tellement. Et avoir des lettres d’amour qui ont quelques décennies, c’est très étrange aussi. En même temps, elles sont magnifiques ; c’est très dommage que le genre épistolaire disparaisse. C’est quelque chose qu’on pourra regretter. J’ai utilisé ces documents - qu’il s’agisse de lettres, ou de photographies, ou de films super 8 - pas comme des documents, des preuves, mais comme des éléments romanesques. Par exemple, pour les lettres, je filme des mots, je filme des passages, je ne montre pas les lettres in extenso, j’essaie de feuilleter ces choses de manière impressionniste, comme des bribes de sentiment que j’attrape à travers ces documents. Ce sont un peu comme des bouffées de souvenirs qui me reviennent. Ça, c’est pour la partie des éléments documentés de l’époque. Et par ailleurs, je filme des quartiers de Paris. Il se trouve qu’à cette période un peu agitée dans laquelle j’ai vécu ma jeunesse, je n’arrêtais pas de déménager. J’ai dû déménager vingt-cinq ou trente fois en dix ans, facilement.

T.Hakem :

Alors on se pose la question : est-ce que c’est parce que vous étiez riche à l’époque ou parce que la vie était plus facile ?

F. Caillat :

D’abord je pense que la vie était plus facile, les loyers n’avaient rien à voir, et je gagnais ma vie, j’ai gagné ma vie très jeune. Mais surtout, ce n’est pas que j’avais la bougeotte, mais je vivais dans un état de très grand mouvement, j’étais dans une mobilité permanente. De la même manière qu’on pouvait à l’époque, je trouve, assez facilement changer de vie sentimentale - parfois du jour au lendemain sans trop de scrupules, parfois avec des dommages mais pas trop de scrupules -, on pouvait aussi prendre sa valise et partir, et refaire sa vie dans le quartier d’à côté. Et moi, en dix ans, j’ai fait tous les arrondissements de Paris, et même plusieurs fois dans chaque arrondissement. Du coup, j’ai fabriqué un film qui traverse ces lieux ; c’est aussi un film sur Paris, sur les lieux… c’est la Carte du Tendre, c’est une géographie amoureuse de Paris. On pourrait dire que c’est du Perec, mais un Perec amoureux, un Perec qui serait affecté d’un coefficient de sentimentalité. J’aime beaucoup ce côté… Par exemple, ici nous sommes à la Maison de la Radio, et la première histoire démarre tout près d’ici, au square d’Alboni, au métro Passy. Et quelques années plus tard, je me retrouve à l’autre bout de Paris, je vais dans le 20ème, je vais dans le 11ème, je fais même un tour en banlieue. Tous les quartiers sont très différents, induisent des moments différents de la vie, des regards différents sur la vie.

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REVUES

 

IMAGES DOCUMENTAIRES

Une Jeunesse amoureuse, romanesque documentaire.

Aux films de François Caillat restent attachés, pour moi, les mots de Thierry Garrel. Celui-ci, qui l'a fidèlement soutenu et co-produit, disait, en substance, que son travail représentait une réussite de « romanesque documentaire », non loin de l'idéal des programmes que le charismatique directeur de l'unité documentaire d'Arte souhaitait mettre à l'antenne.

Un cinéma du réel, certes, mais hors de ses sentiers habituels, ouvert à tous les possibles « littéraires » d'un récit. Ne s'interdisant par conséquent rien ou presque : éléments historiques sciemment transformés ou occultés, paroles des protagonistes violemment coupées, redonnées aux morts, téméraires mises en relation d'éléments visuels et sonores... Ces transgressions, aujourd'hui bienvenues, il m'a fallu pratiquer un exercice de mise à distance d'une doxa documentaire bien intégrée, pour réussir à les apprécier. J'y suis parvenue. Cependant dans ses films précédents, du romanesque, j'en avais surtout perçu les ébauches, la promesse jusqu'à la découverte d'Une Jeunesse amoureuse.

Cette qualité romanesque est ici celle d'une cinématographie de l'entrelacement, d'une composition, musicale et sensible, dont le rendu « rêveur » et doux résulte de l'achèvement d'un travail titanesque et diaboliquement précis.

Le récit est digne d'un roman lyrique, tant par sa qualité d'écriture, déliée et subtile, que par sa richesse en péripéties, personnages et rebondissements, départs précipités à l'autre bout du monde, déménagements, ruptures et conquêtes. Les femmes qui le peuplent n'ont pas de prénom, elles sont l'Egyptienne à l'intelligence aiguë, la comédienne hypersensible, la dissidente chilienne lumineuse et maternelle... Figures à la fois incarnées et métaphoriques. Les quelques rimes, exactement orchestrées, qui le parsèment, nous maintiennent constamment en haleine. Sa téléologie atténue la violence de sa conclusion.

Les images portent de la même façon à la fois l'intensité du présent et les traces des vies disparues. Le désir de « faire des images », chez François Caillat, me semble toujours second par rapport à celui de créer des images « lisibles », intelligibles. Celles d'aujourd'hui, dans Une Jeunesse amoureuse, dessinent une cartographie sentimentale de Paris, évoquent avec beaucoup de justesse une idée, un souvenir, une passion : fenêtres/paupières closes sur les jours et les nuits d'amour, balcon qui ceint l'espace studieux de deux bureaux accolés, escalier des premiers émois... Ces espaces, souvent vides de présence humaine, heurtent d'autres plans, palpitant de vie : ce sont les gestes tendres d'amoureux des bords de Seine, de lycéens ou d'étudiants. Comme pour attester que le cinéma, art spectral, peut également rendre justice à la vie, plante opiniâtre triomphant de l'oubli.

À ces images se mêlent les photographies en noir et blanc de l'auteur et de ses amoureuses : la vision s'ajuste et s'immobilise à peine, comme un regard qui scruterait sans cesse la surface d'un visage pour y déceler les pensées et les désirs les plus secrets. Ces images fixes gagnent par ce dispositif une mobilité, une qualité de palpitation qui participent grandement au dynamisme du récit.

Le présent de l'énonciation et des sons d'ambiance est hanté, habité par un passé évoqué et convoqué, par les mots, les musiques, les photographies et les images en Super 8. Le récit se déroule, chronologiquement, depuis la première rencontre amoureuse, mais ne se prive pas de chambouler son avancée en passant, au moins à trois reprises, de l'autre côté du miroir. Ce sont la mère de l'auteur, les nouveaux habitants des lieux du souvenir, brusques effractions du contemporain dans une narration dont l'élan se brise, au final, sur le récif d'une disparition.

Les femmes que François Caillat a aimées sont de chair et de mots. Ces femmes parlent et écrivent et la mise en scène rend compte de l'amoncellement vertigineux des écrits qu'elles lui adressent. De la liberté de leurs lettres, de l'intensité de leurs étreintes, il est indécidable de savoir ce qui l'emporte. Car François Caillat est un amoureux polymorphe : l'amour, l'aventure et le langage sont ses muses, ses buts constamment poursuivis et embrassés, désirs qui s'intervertissent, comme des vagues. De cette alternance également, la forme romanesque peut être l'écrin le plus approprié.

François Caillat explore l'homme qu'il fut et est devenu en mettant au jour les traces laissées par les premières femmes de sa vie, en éclairant ce qui le constitue le plus intimement. La puissance de cette rare plongée dans la psyché masculine est, au-delà des émotions qu'elle provoque, riche d'enseignement.

Corinne Bopp, Images Documentaires n°77, juillet 2013

Mariana Otero (réalisatrice)

"Le film est très émouvant et il dégage une grande tristesse. Une tristesse lumineuse et précise."

Guy Baudon (MEDIAPART)

"D'un sujet éminemment personnel et intime, François Caillat en fait une œuvre qui nous touche, nous émeut et nous invite à visiter notre propre histoire."

Mathilde Blottière (TÉLÉRAMA)

"François Caillat signe un beau film élégiaque, traversé des fragments d'un passé placé sous le signe de la passion. Une autobiographie poétique où vibre l'universalité des sentiments."